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GSC : le bug impressions que Google a caché dix mois

GSC : le bug impressions que Google a caché dix mois

Par Guillaume P.

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Guillaume P.

Vos impressions GSC ont grimpé en mai 2025. Votre CTR a plongé. Et pendant dix mois, vous avez cherché pourquoi. Spoiler : ce n'était pas votre contenu. C'était Google.

Le 3 avril 2026, Google a publié discrètement sur sa page Data Anomalies une ligne qui aurait mérité un communiqué de presse : "A logging error is preventing Search Console from accurately reporting impressions from May 13, 2025 onward." Dix mois de données faussées. Aucune alerte, aucun email aux webmasters, aucune notification dans l'interface GSC. Juste une ligne sur une page que personne ne consulte spontanément.

Mai 2025 : le début du bruit#

Le 13 mai 2025, une erreur de logging s'est glissée dans le pipeline de données de Search Console. Le résultat : les impressions ont été sur-déclarées. Pas les clics, pas la position moyenne. Uniquement les impressions.

En clair : GSC vous montrait que vos pages apparaissaient beaucoup plus souvent dans les résultats de recherche qu'en réalité. Et comme le CTR se calcule en divisant les clics par les impressions, le taux de clic a chuté mécaniquement. Vos clics étaient corrects, mais le dénominateur était gonflé.

J'ai passé un bon moment en juin 2025 à chercher pourquoi le CTR d'un site client avait chuté de moitié sur ses pages produits. J'ai refait le maillage interne, revu les titles, testé des meta descriptions. Rien ne bougeait. Maintenant je sais pourquoi.

Sur certains segments, l'inflation était massive. Brodie Clark, qui a été le premier à documenter le problème publiquement via LinkedIn, a relevé sur les merchant listings desktop aux États-Unis des impressions gonflées de trois cents à quatre cents pour cent. Le CTR passait d'environ quatre pour cent à moins de un pour cent. Sur une requête produit générique, il a mesuré une hausse de cinq cent quarante-cinq pour cent des impressions. Ces chiffres ne relevaient pas de la variation saisonnière.

La triple distorsion de l'été 2025#

Ce qui rend ce bug particulièrement vicieux, c'est qu'il ne s'est pas produit dans le vide. Trois événements se sont superposés, rendant le diagnostic quasi impossible en temps réel.

Le 17 juin 2025, Google a décidé de fusionner les clics et impressions provenant d'AI Mode dans le rapport Web de Search Console. Du jour au lendemain, les métriques Web incluaient du trafic IA sans distinction. Pour un SEO qui surveillait ses courbes, c'était un changement de périmètre déguisé en croissance organique.

Le 12 septembre 2025, Google a supprimé le paramètre &num=100 des résultats de recherche. Ce paramètre, utilisé massivement par les outils de tracking SEO et les scrapers, permettait de récupérer cent résultats par page. Sa suppression a perturbé les données de position de nombreux outils tiers, ajoutant une couche de bruit supplémentaire aux analyses.

Et pendant tout ce temps, le bug d'impressions continuait en silence.

Honnêtement, sur ce coup-là je ne sais pas si Google a été négligent ou juste débordé. Dix mois sans détection interne sur un bug qui touche la métrique la plus consultée de leur outil webmaster, ça interroge. Mais je n'ai pas d'élément pour affirmer que c'était volontaire. Ce que je sais, c'est que le timing a alimenté un narratif toxique.

Le narratif "les AI Overviews tuent les clics"#

Pendant l'été et l'automne 2025, la communauté SEO a massivement attribué la chute du CTR organique aux AI Overviews de Google. SparkToro publiait déjà que cinquante-huit virgule cinq pour cent des recherches aux États-Unis se terminaient sans clic en 2024. L'arrivée d'AI Mode semblait confirmer la tendance : Google cannibalise ses propres résultats organiques.

Sauf qu'une partie de cette "chute de CTR" n'en était pas une. C'était un artefact du bug d'impressions. Le numérateur (les clics) n'avait pas bougé. Seul le dénominateur était faux.

Je ne dis pas que les AI Overviews n'ont aucun impact sur le trafic organique. Ils en ont un, documenté et réel. Mais le bug a amplifié artificiellement la perception de cet impact. Des articles entiers, des présentations de conférences, des repositionnements stratégiques de budget se sont appuyés sur des données qui incluaient une erreur de logging non divulguée.

C'est ça le vrai problème. Pas le bug lui-même, mais les décisions prises sur la base de données fausses.

Avril 2026 : la correction (partielle)#

Google a annoncé le 3 avril 2026 que la correction était en cours, avec un rollout progressif sur plusieurs semaines. Le point crucial : il n'y aura pas de correction rétroactive. Les données entre mai 2025 et avril 2026 resteront gonflées dans votre historique GSC.

Concrètement, vos graphiques vont montrer une chute brutale des impressions au moment de la correction. Ce n'est pas une perte de visibilité. C'est un retour à la réalité. Préparez vos clients et vos managers à cette conversation, parce qu'elle va arriver.

Ce n'est d'ailleurs pas le premier bug GSC de cette ampleur. En août-septembre 2024, un bug similaire avait gonflé les clics ET les impressions sur les product snippets. Le 28 octobre 2024, les données GSC sont tombées quasi à zéro pendant quelques heures avant d'être corrigées. Le bug de mai 2025 est juste celui qui a duré le plus longtemps sans être signalé.

Ce que ça change pour votre pilotage SEO#

La leçon de fond n'est pas technique. Elle est méthodologique. Si vous pilotez votre stratégie SEO uniquement avec les données GSC, vous pilotez à l'aveugle une partie du temps.

Passez au clic comme KPI principal#

Les impressions GSC ont toujours été une métrique approximative. Ce bug le confirme avec brutalité. Le clic est la seule métrique de GSC qui n'a pas été affectée. Si votre reporting SEO repose sur les impressions ou le CTR comme indicateurs de performance, il est temps de recalibrer.

Le clic vous dit qu'un humain a vu votre résultat et a décidé de venir chez vous. L'impression vous dit que Google pense vous avoir montré. La différence de fiabilité est énorme.

Exportez vos données avant la normalisation#

Si vous ne l'avez pas encore fait, exportez vos données GSC actuelles via l'API ou l'interface. Les données pré-correction et post-correction vont coexister dans votre historique sans marqueur de discontinuité. Vous aurez besoin de la photo "avant" pour expliquer les écarts dans vos rapports SEO.

Annotez vos dashboards#

Deux dates à marquer : le 13 mai 2025 (début du bug) et le 3 avril 2026 (début de la correction). Toute comparaison year-over-year qui chevauche ces dates est mécaniquement faussée. C'est aussi simple que ça.

Triangulation obligatoire#

Un seul outil ne suffit pas. Croisez systématiquement trois sources : GSC pour les clics et les requêtes, GA4 pour le comportement on-site et les conversions, et vos logs serveur pour le trafic réel (bots compris). Si les trois sources divergent, c'est un signal d'alerte. Si une seule source montre une anomalie, c'est peut-être la source qui a un problème, pas votre site.

Ce bug m'a rappelé un truc que je répète souvent aux clients : Google n'est pas votre partenaire. C'est un outil. Et comme tout outil, il casse parfois sans prévenir.

Sources#

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