Le CTR organique moyen est passé de 1,76 % à 0,61 % quand un AI Overview apparaît en haut de SERP. Moins 61 %. Les chiffres viennent de Seer Interactive, sur un panel de 42 organisations analysées entre juin 2024 et septembre 2025. Côté annonces payantes, la chute est encore pire : moins 68 %. Quand j'ai présenté ces données à un client e-commerce le mois dernier, il m'a regardé comme si je lui annonçais la fermeture de Google. En un sens, c'est un peu ça.
Le réflexe naturel, c'est de paniquer. Ou de nier. J'ai vu les deux réactions. Mais le vrai problème n'est pas la baisse du CTR en soi. Le vrai problème, c'est que la plupart des équipes SEO continuent de piloter avec des métriques qui ne racontent plus la bonne histoire.
Le CTR comme métrique principale est mort (et on refuse de l'enterrer)#
Pendant quinze ans, le CTR organique a été le pouls du SEO. Position 1 égale environ 27 % de CTR, position 3 environ 11 %, et ainsi de suite. Ces courbes étaient stables, documentées, prévisibles. On construisait des prévisions de trafic dessus. On justifiait des budgets SEO dessus. On facturait dessus.
Avec les AI Overviews qui couvrent désormais entre 15 % et 25 % des requêtes selon les semaines (données Semrush Sensor, novembre 2025), ces courbes ne tiennent plus. Un site peut être en position 1 sur une requête informationnelle et ne capturer quasiment aucun clic, parce que la réponse est directement synthétisée en haut de page.
J'ai eu un cas concret en janvier : un site B2B positionné premier sur "comment choisir un ERP pour PME". Impressions stables, CTR divisé par quatre en trois mois. Le client était furieux. Il pensait avoir été pénalisé. En réalité, Google répondait directement à la question avec un AI Overview qui citait trois sources, dont la sienne. Le trafic avait chuté, mais la visibilité de la marque dans la réponse IA était intacte. On mesurait juste la mauvaise chose.
Le problème structurel, c'est que Google Search Console ne fournit pas de métrique spécifique pour les AI Overviews. On voit les impressions, on voit les clics, on voit le CTR. Mais on ne sait pas, dans le reporting standard, si l'impression venait d'un résultat classique ou d'un AI Overview. Il faut croiser avec des outils tiers pour obtenir cette granularité.
Les quatre KPI qui remplacent le CTR dans un reporting post-AI Overviews#
Après avoir testé plusieurs frameworks de reporting sur les six derniers mois avec différents clients, voici les quatre métriques que j'intègre systématiquement dans les rapports en 2026.
SGE Impression Share (part d'impressions IA)#
C'est le pourcentage de vos requêtes cibles où votre domaine apparaît dans un AI Overview, que ce soit en citation directe, dans le carrousel de sources, ou dans les liens complémentaires. Certains outils comme Semrush et Ahrefs commencent à tracker cette métrique, même si la couverture reste partielle.
Concrètement, si vous ciblez 200 requêtes et que votre domaine apparaît dans les AI Overviews sur 40 d'entre elles, votre SGE Impression Share est de 20 %. C'est une métrique de visibilité pure, déconnectée du clic. Et c'est exactement ce dont on a besoin quand le clic devient l'exception plutôt que la règle.
Un client dans le secteur de la formation professionnelle est passé de 0 % à 34 % de SGE Impression Share en quatre mois, simplement en restructurant ses pages FAQ avec des réponses concises en début de section. Son CTR classique n'a pas bougé. Mais sa marque apparaît maintenant dans un tiers des réponses IA sur son segment. Ça, c'est une métrique qui raconte quelque chose.
Citation Frequency Score (fréquence de citation IA)#
Au-delà de la présence dans les AI Overviews de Google, il faut mesurer à quelle fréquence les moteurs IA citent votre contenu comme source. Ça inclut ChatGPT, Perplexity, Gemini et les AI Overviews. Le Citation Frequency Score agrège ces données.
La nuance importante : être cité dans un AI Overview augmente le CTR organique de 35 % par rapport à ne pas y figurer, selon les données Seer Interactive. Autrement dit, la citation IA n'est pas juste de la visibilité passive. Elle génère du trafic qualifié, mais de manière indirecte.
Des outils comme Otterly.ai, Peec AI ou les fonctionnalités récentes de Semrush permettent de tracker ces citations. C'est encore un marché en structuration, je ne suis pas convaincu qu'un seul outil couvre tout de manière fiable aujourd'hui. Mais le signal est là, et l'ignorer dans un reporting client serait une erreur.
Brand Impressions IA (impressions de marque dans les réponses génératives)#
Cette métrique mesure combien de fois votre marque est mentionnée dans les réponses génératives, indépendamment d'un lien ou d'une citation formelle. Un LLM peut mentionner votre marque comme référence dans une réponse sans jamais linker vers votre site. Ça ne génère pas de trafic direct, mais ça construit de la notoriété.
Gartner prévoit que d'ici fin 2026, 30 % de la perception de marque sera influencée par le contenu généré par l'IA plutôt que par les médias traditionnels. Quand on voit la vitesse d'adoption de ChatGPT et Perplexity, ce chiffre me paraît même conservateur.
Pour mesurer ça, il faut des outils de monitoring LLM comme ceux que je détaille dans mon article sur le AI Brand Score et la perception par les LLM. Le marché est jeune, mais les premiers outils sont utilisables.
Assisted Conversions (conversions assistées par la visibilité IA)#
La dernière pièce du puzzle. Il ne suffit pas de mesurer la visibilité ; il faut la relier au business. Les assisted conversions mesurent les conversions où la visibilité IA a joué un rôle dans le parcours, même sans clic direct.
En pratique, ça passe par du tracking multi-touch. Un utilisateur voit votre marque dans un AI Overview, ne clique pas, puis vous cherche en direct deux jours plus tard et convertit. Sans attribution multi-touch, cette conversion est créditée au trafic direct. Avec, elle est correctement attribuée à la visibilité IA.
Google Analytics 4 permet de configurer des modèles d'attribution data-driven qui captent une partie de ces parcours. C'est imparfait, c'est approximatif, mais c'est infiniment mieux que de regarder uniquement le CTR organique baisser en se demandant ce qui se passe.
J'ai changé d'avis sur un point en travaillant sur ce sujet. Je pensais qu'il suffisait d'ajouter les nouveaux KPI au dashboard existant. En fait, il faut repenser la hiérarchie des métriques. Le CTR ne doit plus être la métrique principale du rapport. Il doit devenir une métrique secondaire, contextuelle.
Voici la structure que j'utilise maintenant, et qui m'a déjà permis de sauver une discussion budgétaire avec un client qui voyait son CTR fondre et voulait couper l'investissement SEO.
En haut du dashboard : la visibilité globale. SGE Impression Share plus position moyenne classique plus nombre de citations IA. C'est le "est-ce qu'on est visible ?".
Au milieu : l'engagement qualifié. CTR organique classique (contextualisé avec la présence ou non d'AI Overviews), trafic de marque (branded search), trafic direct post-exposition IA. C'est le "est-ce que la visibilité se transforme en attention ?".
En bas : le business. Conversions assistées, revenue attribué, coût d'acquisition par canal. C'est le "est-ce que ça rapporte ?".
Cette structure permet de montrer à un client que même si le CTR organique baisse de 61 %, sa visibilité globale peut augmenter et ses conversions rester stables, voire progresser. La valeur du SEO n'a pas disparu. Elle s'est déplacée.
Les limites de ces nouveaux KPI#
Je serais malhonnête si je présentais ces métriques comme des solutions parfaites. Elles ont des limites réelles.
Les outils de tracking des citations IA sont encore immatures. Leurs données sont souvent incomplètes, les méthodologies de collecte varient d'un outil à l'autre, et la reproductibilité des résultats est parfois douteuse. On est un peu dans la situation du SEO en 2005, où on bricolait avec des outils artisanaux en attendant que le marché se structure.
L'attribution multi-touch reste un casse-tête. Le parcours "AI Overview, pas de clic, visite directe deux jours plus tard" est par nature difficile à tracer. On travaille avec des approximations, pas des certitudes.
Et puis il y a la question de la comparabilité historique. Un client qui suit son CTR depuis cinq ans a une base de comparaison. Avec les nouveaux KPI, on repart de zéro. Ça peut être frustrant, et ça demande un vrai effort de pédagogie.
Malgré tout, continuer à piloter un programme SEO uniquement sur le CTR organique en 2026, c'est comme naviguer avec une carte de 2019. Les côtes ont changé, les courants ont changé, et la météo n'est plus la même. Les outils SEO de référence intègrent progressivement ces nouvelles métriques, ce qui facilite la transition.
Le mouvement est lancé. Le CTR organique ne va pas remonter. Les AI Overviews vont continuer à s'étendre. Les LLM vont capter une part croissante de l'attention. La question n'est pas de savoir s'il faut changer de métriques, c'est de savoir combien de temps vous pouvez vous permettre de ne pas le faire. Pour une vision plus large des nouvelles métriques à suivre dans le reporting, le guide complet détaille chaque indicateur et son implémentation technique.
Sources#
- Google AI Overviews drive 61 % drop in organic CTR, 68 % in paid, Search Engine Land
- Update: AI Overviews Reduce Clicks by 58 %, Ahrefs Blog
- Organic search is fundamentally disrupted. Here's what to do about it, Search Engine Land
- Google CTRs Drop 32 % For Top Result After AI Overview Rollout, Search Engine Journal
- Google organic and paid CTRs hit new lows: Report, Search Engine Land






Comment restructurer le reporting client (concrètement)#