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Relations UE et monde arabe il faut renforcer le dialogue - 22 avril 2006 - 12:22
Relations UE et monde arabe, pour l'UE il faut renforcer le dialogue "bilatéral" entre les pays. "Le monde arabe est l'une des régions du monde les plus sensibles mais aussi les plus dynamiques", a déclaré M. Elmar Brok (PPE-DE, DE), président de la commission des affaires étrangères en ouverture de l'audition consacrée aux relations entre l'UE et le monde arabe. Selon les participants, les discussions entre pays, et non le dialogue des civilisations, pourraient permettre de répondre aux défis qui se posent en la matière. Organisée jeudi, cette audition a rassemblé des universitaires et des experts de l'Europe et de la Méditerranée du Sud. Ils y ont abordé quatre questions centrales: l'idée d'une communauté des nations arabes cohérente, le rôle joué par le réseau de télévision panarabe Al Jazeera, le processus de Barcelone qui organise la coopération entre l'UE et la Méditerranée du Sud, et la question épineuse de la promotion de la démocratie.
Existe-t-il un "monde arabe"? Plusieurs participants ont remis en cause la validité de la notion même de relations entre l'UE et le monde arabe. M. Michel Rocard (PSE, FR) s'est interrogé sur l'utilité de traiter le monde arabe comme un ensemble cohérent, se demandant si, au contraire, il ne fallait pas mieux cultiver des liens bilatéraux. M. Rachid El Houdaïgui, de l'université de Tanger, évoquant le "mythe d'un monde arabe unifié", a fait valoir que la fragilité géopolitique de chaque pays arabe venait justement de ses relations tendues avec ses voisins (souvent arabes). Selon lui, ces incertitudes géopolitiques sont des instruments que les gouvernements arabes utilisaient pour "étouffer le débat politique interne". Un média panarabe: Al Jazeera : Mme Donatella Della Ratta, journaliste spécialiste des médias arabes, a indiqué qu'Al Jazeera jouait un grand rôle dans la création d'une sphère publique panarabe. M. Houdaïgui a considéré pour sa part que la chaîne assumait une fonction d'éducateur politique pour une large majorité du monde arabe. Selon Mme Della Ratta, le média a permis à un certain nombre de membres de la société civile, qui ne l'avaient pas fait auparavant, de s'exprimer, démontrant par là à l'Occident que l'opinion publique arabe était fragmentée et plurielle. Elle a appelée l'UE à coopérer avec les médias arabes et à ne pas commettre la même erreur que les États-Unis, qui feignent d'ignorer l'émergence d'une culture médiatique au sein du monde arabe. Elle a cependant ajouté qu'Al Jazeera n'était "qu'une chaîne de télévision" et devait être analysée comme telle. Marquant son désaccord, Mme Jana Hybášková (PPE-DE, CS) a précisé qu'Al-Jazeera était "très dangereuse" pour la diffusion des valeurs occidentales dans le monde arabe. Elle a exprimé sa préoccupation devant l'intention d'Al Jazeera d'émettre en anglais dans des pays non arabes à forte population musulmane comme le Pakistan et l'Indonésie. Le processus de Barcelone : M. Ali Benouari du CERMAM (Centre d'étude et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen, situé à Genève) a fait valoir que le processus de Barcelone n'était pas une fin, mais un moyen. Il a insisté sur le fait que les négociations devaient être menées dans les domaines économique, politique et culturel. M. Wassyla Tamzali, de la fondation Mediterraneo de Naples, a indiqué que, si le processus de Barcelone était une utopie à laquelle tous croient fermement, l'UE avait commis une erreur en s'écartant de la voie politique des négociations. "Nous ne voulons pas d'un dialogue des civilisations mais d'un dialogue entre les citoyens", a-t-elle déclaré. M. Florian Kohstall, du CEDEJ (Centre d'études et de documentation économiques, juridiques et sociales, situé au Caire), a abordé la question la plus cruciale de l'audition: comment démocratiser les pays arabes sans les déstabiliser. M. Ari Vatanen (PPE-DE, FR) a fait observer que l'échec rencontré par le processus démocratique, dès ses premières étapes, notamment en Égypte, n'augurait rien de bon pour l'avenir de la démocratisation des pays arabes. M. Houdaïgui, s'intéressant au phénomène des mouvements de masse, a indiqué qu'à l'heure actuelle, la seule idéologie mobilisatrice dans le monde arabe était l'idéologie religieuse. Ce constat a suscité l'inquiétude de plusieurs députés, dont M. Michael Gahler (PPE-DE, DE), qui a appelé de ses vœux l'avènement d'un "Martin Luther musulman" pour réinterpréter l'Islam au 21e siècle. Selon Mme Tamzali, la seule manière d'installer une culture politique, qui soit à la fois démocratique et stable, est de lutter contre les partis fondamentalistes. À ses yeux, seul le contexte politique et les institutions politiques de la démocratie sont à même de modérer ces forces. Aussi a-t-elle prié les députés de faire pression sur les gouvernements arabes pour qu'ils ouvrent l'espace politique aux démocrates dans leurs sociétés et leur permettent de combattre les islamistes sur leur propre terrain.
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