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Pétrole contre nourriture 40 entreprises françaises dans le colimateur de Courroye - 05 avril 2006 - 17:00
Irak - Le parquet de Paris a ouvert, vendredi dernier, une information judiciaire pour « corruption active d'agents publics étrangers » et « abus de biens sociaux » dans le cadre de l'affaire « pétrole contre nourriture ». Cette procédure concerne une série d'entreprises françaises soupçonnées d'avoir versé des commissions illégales et autres peaux de vin au régime de Saddam Hussein en Irak entre 2000 et 2003. Le juge d'instruction Courroye a été chargé d'enquêter sur 40 entreprises françaises accusées d'avoir versé des commission illégales au régime du dictateur Saddam Hussein. Selon la commission d'enquête indépendante de l'ONU dirigée par Paul Volcker, environ 172 sociétés françaises auraient versé des commissions sous forme de surtaxes. En vigueur de 1996 à 2003, le programme « pétrole contre nourriture » permettait à Bagdad, sous embargo, de vendre du pétrole et d'acheter en échange des biens de consommation courante.
Le juge d'instruction Courroye devra enquêter sur 40 entreprises françaises sur les 172 incriminées. Celles qui seront enquêtés sont celles qui auraient versé les commissions les plus importantes, dont Peugeot avec 7 millions de dollars, Renault VI avec 6,6 millions de dollars, AGCO SA avec 4,6 millions de dollars, Irrifrance industries avec 2,7 millions de dollars, et Envirotech Pumps systems avec 2,6 millions de dollars. Paul Volcker, Président de la Commission d'enquête indépendante sur le programme « Pétrole contre nourriture », dont le dernier rapport sur le rôle des sociétés contractantes avait été rendu public en octobre 2005, a, lors d'une séance d'information aux États Membres, souligné l'urgence d'une réforme des Nations Unies. « Ce qui est en jeu, c'est la capacité d'action de l'ONU », a déclaré l'ancien chef de la réserve américaine au cours de cette séance au Siège des Nations Unies à New York, en présence du Secrétaire général, Kofi Annan, et de son chef de cabinet, Malloch Brown. « Le monde serait un endroit plus pauvre et plus dangereux sans une ONU efficace », a-t-il ajouté, soulignant que l'Assemblée générale « devrait appuyer les réformes proposées par de nombreux groupes et États ». « Il y a un intérêt international commun à l'égard d'une ONU solide et compétente », a-t-il considéré. La Commission d'enquête indépendante sur le programme « Pétrole contre nourriture » a publié aujourd'hui son cinquième et dernier rapport révélant que les manipulations dans le cadre de ce programme par le régime de Saddam Hussein lui avaient permis de détourner 1,8 milliard de dollars par le biais de surfacturations ou de commissions occultes. Plus de 2 000 entreprises ont ainsi été impliquées dans ces versements illicites. M. Volcker, qui était accompagné de deux autres membres de la Commission d'enquête, Richard Goldstone et Mark Pieth, a indiqué que la lettre qu'il avait adressée aujourd'hui même au Secrétaire général, et qui a été distribuée aux États Membres, contenait les détails du modus operandi de l'enquête ainsi que ses conclusions. « Comme le montre la composition de la Commission, le rapport est le fruit d'un véritable effort international », a-t-il assuré, se félicitant notamment de la coopération excellente des États Membres. « Si des actes illégaux ont été découverts, c'est à l'autorité nationale de les traiter », a-t-il précisé. Selon M. Volcker, l'enquête n'a pas seulement mis au jour des « cas individuels de corruption », mais également la « politisation du processus ». « Les différences et les pressions politiques au sein des Nations Unies ont constitué un frein à une réponse efficace et contribué à la corruption du programme », a-t-il observé. « Les efforts de corruption de Saddam Hussein n'auraient pas été si efficaces s'il y a avait eu une gestion plus disciplinée des Nations Unies et de ses agences ». « Pétrole contre nourriture » représentait un immense défi pour l'ONU, a expliqué M. Volcker, notant qu'il constituait le programme humanitaire le plus important de l'histoire de l'Organisation. « Des milliers d'employés ont été engagés et mobilisés », a –t-il dit. Le coût, selon lui, fut « intolérable » et a « entamé la confiance à l'égard de l'intégrité de l'ONU ». Si le programme était « unique et exceptionnel », certaines des faiblesses identifiées dans son administration « reflètent des difficultés systémiques à l'Organisation », a-t-il estimé, citant, par exemple, le manque d'indépendance et de ressources des personnes chargées des contrôles. Le Conseil de sécurité n'avait pas clairement défini les tâches du Secrétariat. Il faut mieux cibler le professionnalisme des cadres au sein de l'Organisation, a jugé le Président de la Commission d'enquête. « Cela ne peut pas relever du seul Secrétaire général, qui est généralement choisi pour ses compétences diplomatiques et est occupé par les grandes questions de sécurité ». « Il faut un responsable des opérations qui bénéficie du respect du personnel, du Secrétaire général, et puisse être nommé par l'Assemblée générale ». M. Volcker avait également plaidé en faveur de la constitution d'un organe de contrôle indépendant équipé de suffisamment de personnel pour suivre les questions de budget.
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