Bonnard au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris - 05 février 2006 - 12:53

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris, qui a rouvert ses portes après deux ans de travaux, accueille l'exposition du peintre Pierre Bonnard (1867-1947), 22 ans après la rétrospective du Centre Pompidou. Avec 90 oeuvres, c'est la plus importante présentation, organisée en France, de cet artiste à la réputation mitigée. L'intention est de « présenter Bonnard, un des peintres majeurs du XXe siècle, comme figure marquante d'une modernité "autre" ». « Un pot-pourri d'indécision », comme le qualifiait Picasso, un « postimpresionniste égaré au XXe siècle », le peintre français n'a jamais fait l'unanimité. L'exposition a visiblement pour ambition d'y remédier en renouvelant le regard porté sur une oeuvre plus complexe qu'il n'y paraissait.

Ce qui semble d'autant plus possible que de nombreuses toiles ont été prêtées par des musées étrangers, et sont donc peu connues du public français. Globalement chronologique, l'accrochage souligne l'importance d'un thème peut-être central dans cette oeuvre, la lumière. « Pierre Bonnard. L'œuvre d'art, un arrêt du temps » : l'occasion d'être agréablement surpris par un artiste sans doute mal jugé. Jusqu'au 7 mai 2006.


Bonnard au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Cette exposition vise à présenter Bonnard, un des peintres majeurs du XX siècle, comme figure marquante d'une modernité «autre». Sa peinture, où le sujet demeure présent, confère une dimension intemporelle aux personnages familiers et aux rituels du quotidien. Par-delà une lecture hédoniste que contredit d'ailleurs une prégnante mélancolie, l'œuvre invite à un ralentissement du regard, à un «arrêt du temps».

Première exposition de cette importance à Paris depuis la rétrospective organisée il y a 22 ans au Centre Pompidou, elle réunit quelque 90 peintures, des photos et des dessins. L'exposition du peintre Pierre Bonnard a pour ambition, au moment où la peinture est à nouveau au cœur des débats et pratiques de la jeune création, de resituer Bonnard parmi les « classiques » de la modernité du 20ème siècle tout en le repositionnant par rapport aux interrogations des artistes d'aujourd'hui à travers le problème du « sujet » véritable de la peinture, du rapport à l'intime et de son dépassement. Sur un mode globalement chronologique, l'accrochage suit un principe séquentiel. Il renvoie à la récurrence caractéristique du même motif chez Bonnard dont les sujets sont centrés sur un monde proche et familier, que ce soit les nus (Marthe le plus souvent), les intérieurs, les paysages.

En préambule, Le Peignoir (1892) évoque la période nabie et japonisante du peintre. L'élongation fluide de la silhouette et le trait sinueux qui la cerne, concourent à la fusion décorative du motif et du fond. Sur un mode naturaliste, L'Homme et la Femme (1900) inaugure le parcours, mettant en scène à travers un miroir l'artiste et son modèle, Marthe, la femme aimée, rencontrée en 1893 et présence désormais récurrente. Les grandes décorations exposées répondent à l'injonction nabie d'«occuper les murs». L'éclectisme fantaisiste et la gamme sourde de la première s'opposent aux scènes familières dans des paysages contemporains de la seconde, où le peintre recourt à une nouvelle palette, plus impressionniste.

L'exposition s'articule ensuite tout naturellement sur un principe séquentiel, à travers les différentes versions d'un même thème, tout en préservant un parcours chronologique. Le nu féminin, depuis les nus aux bas noirs (1893-1900) jusqu'aux nus au tub (1908-1920) et aux ultimes nus dans le bain (1924-1946). Bonnard représente des femmes à la toilette, selon un dispositif constant : tub et bassine, baignoire, miroir, table de toilette et nu debout – se lavant, s'essuyant, se parfumant, se baignant. Cette géométrie récurrente joue de complexités spatiales à travers des reflets, le miroir recouvrant partiellement le cadre même du tableau (La Cheminée, 1916). À partir des années 1920, des accords audacieux de couleur et de lumière se combinent à des compositions rigoureuses où le peintre s'autorise des distorsions inattendues de l'espace (Nu dans la baignoire, 1925). De plus en plus évident, au-delà d'un motif où le corps se dissout dans des couleurs iridescentes, le véritable sujet du peintre prend forme dans la lumière même (Le Bain, 1936-38, Nu dans le bain au petit chien, 1941-46).

Les paysages / terrasses offrent des scènes où le mythe côtoie le familier et les personnages contemporains se mêlent aux figures arcadiennes. Au premier plan de la composition, une terrasse ouvre sur un vaste panorama en plans étagés, ménageant des échappées latérales ou une grande plage centrale vide. Le traitement coloré abandonne peu à peu les contrastes pour des couleurs analogues, dans une profusion végétale où se noient des personnages, découverts après coup. Les souvenirs de Normandie déploient de nouvelles et flamboyantes gradations tonales, plus méditerranéennes, des orangés aux violines, teintant d'exotisme la Terrasse de Vernon (vers 1928) ou conférant une solennité d'éternité au Décor à Vernon (vers 1920-1939).

Les intérieurs et natures mortes composent des scènes familières où s'inscrivent les acteurs habituels, Marthe et le chien, dans une configuration centrée sur la trame géométrique d'une nappe à carreaux (Jaune et rouge, 1916), non sans ambivalence structurelle (Le Café, 1915). Celle-ci triomphe dans le Café Au Petit Poucet (1928), dernier témoignage urbain, où la couleur unifie l'espace en le rendant crédible. Les natures mortes, tantôt frontales tantôt vues en surplomb, évoluent vers un traitement spatial et coloré à la limite de l'abstraction (Le Coin de table, vers 1935). Les salles à manger des années 1930 sont autant de variations sur le rapport intérieur / extérieur, doublé des effets de la fenêtre. Alternant couleurs froides et chaudes, ces œuvres marquent une nouvelle étape dans l'intensité chromatique et lumineuse.

Les derniers paysages du Midi referment le parcours dans l'efflorescence jaune de L'Atelier au mimosa (1939-1946). La liberté du pinceau, la fraîcheur du traitement et le tramage resserré des touches concourent à un effet de plus en plus abstrait : le tableau comme «suite de taches qui se lient entre elles et finissent par former l'objet». Ainsi que l'affirme l'artiste, « le principal sujet, c'est la surface qui a sa couleur, ses lois, par-dessus les objets ». Telle serait la modernité de Bonnard qui, sans jamais abolir le sujet, le ramène à l'objet même de la peinture. Cette posture paradoxale constitue la singularité de l'«observateur émerveillé» (Maurice Denis), dont la perception aiguë transite par la mémoire et par le rêve pour «rendre vivante la peinture» plutôt que de simplement peindre la vie.

Cette présentation a bénéficié de prêts exceptionnels des plus grands musées et collectionneurs internationaux dont :

  • des musées russes : Musée de l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, et le Musée d'état des Beaux-Arts Pouchkine de Moscou - pour les décorations Morosov réunies ici pour la première fois depuis leur installation à Moscou (1911-1913),
  • des musées américains : Minneapolis Institute of Art ; Metropolitan Museum ; Museum of Modern Art et Solomon R. Guggenheim Museum de New York ; Smith College Museum of art de Northampton ; Philadelphia Museum of Art de Philadelphie ; Carnegie Museum of art de Pittsburgh ; Toledo Museum of Art ; Phillips Collection et National Gallery de Washington, avec des oeuvres exceptionnelles à côté de celle de collectionneurs particuliers.
  • des collections françaises : Musée d'Orsay ; Centre Georges Pompidou ; les musées d'Albi, Musée Toulouse-Lautrec ; de Besançon, Musée des Beaux-Arts et d'Archéologie ; de Brest, Musée des Beaux-Arts ; de Colmar, Musée d'Unterlinden ; de Grenoble; de Morlaix ; de Saint-Denis ; de Saint-Germain en Laye ; de Saint-Tropez; les Fondations Dina Vierny, Henri Cartier –Bresson de Paris; Marguerite et Aimé Maeght de Saint-Paul et Bemberg de Toulouse. La Bibliothèque nationale de France
  • les musées australiens, National Gallery of Victoria de Melbourne, canadiens, Art Gallery of Ontario de Toronto, japonais : Ikeda Museum of Twentieth Century Art de Ito etc …

Pour cette exposition, une commande spéciale a été faite à Alain Cavalier qui a réalisé un film de 26 minutes sur Pierre Bonnard.

Le Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris a été construit pour l'Exposition internationale de 1937, sur les deux hectares de l'ancienne Manutention militaire précédemment occupés par la manufacture de la Savonnerie édifiée du temps de Louis XIII. Ce bâtiment abritera les collections d'Art moderne de l'Etat jusqu'alors exposées dans l'Orangerie du Luxembourg, et celles de la Ville de Paris conservées au Petit-Palais. Le Centre Pompidou héritera des premières. Le palais de Tokyo héberge aujourd'hui la Fondation européenne des métiers de l'image et du son, La Cinémathèque française, le Centre national de la Photographie et le Patrimoine photographique. Le concours d'architecture ouvert en 1935 recevra environ 130 projets, dont ceux de Le Corbusier et de Mallet-Stevens. Le jury retiendra finalement celui des architectes Aubert, Dastugue, Dondel, Viard qui proposeront un portique à double colonnade entourant un patio central séparant les deux musées.

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