Quatre ans après un mouvement des chercheurs français contre les réductions du budget de la recherche décidées par le gouvernement de l’époque, les laboratoires se mobilisent à nouveau en dénonçant un « pilotage politique ».
Ainsi, ce sont plus de 500 directeurs d’unités et de responsables d’instances scientifiques qui se sont réunis mardi au Collège de France à Paris, afin de montrer leur désaccord avec les projets du gouvernement actuel pour la recherche en France.
De la même manière, plusieurs syndicats et associations de l’enseignement supérieur et de la recherche ont appelé à des rassemblements dans tout le pays.
Les chercheurs français ont ainsi exprimé leur inquiétude de voir le CNRS « perdre peu à peu tout capacité à conduire une véritable politique scientifique ».
En cause : les orientations fixées par le président Nicolas Sarkozy à la suite du rapport Attali publié le 28 janvier. Ces orientations impliquent d’après les chercheurs « un recul de l’autonomie scientifique au profit d’un pilotage politique, sans aucune garantie sérieuse ». Par ailleurs, beaucoup craignent le manque de nouvelle main d’œuvre dans les laboratoires, du fait de la précarité des contrats proposés actuellement par le gouvernement.
Enfin, les directeurs de laboratoire s’insurgent contre la baisse des crédits de base qui permettent normalement de couvrir les dépenses de fonctionnement, évoquant ainsi une diminution de 5 à 6% au CNRS ou 12% pour le laboratoire d'aérologie de Toulouse.
Ainsi, les chercheurs se plaignent de devoir consacrer plus de temps à trouver des financements qu’à la recherche elle-même et ils craignent de manière générale une perte d’autonomie de leur secteur face à des choix de plus en plus politiques.
Parmi les participants au débat au Collège de France mardi, figuraient Gilles Boetsch, président du Conseil Scientifique du CNRS, Yves Langevin, président de la Conférence Permanente du Comité National de la Recherche Scientifique (CNRS), Bertrand Monthubert, président de Sauvons la Recherche, et Philippe Blache, directeur du Laboratoire Parole et Langage.
« Nous demandons, au lieu d'une politique de terre brûlée, qu'une réelle concertation soit mise en place, avec l'ensemble de la communauté », déclare Philippe Blache dans Le Monde.
Au même moment, Valérie Pécresse, ministre de la Recherche a envoyé à la président du Centre National de la Recherche scientifique une « feuille de route », qui annonce des évolutions profondes. Cette « feuille de route » pour le CNRS implique notamment « une évolution de son organisation interne » tenant compte du changement de son « environnement scientifique ».
Valérie Pécresse demande ainsi à la Présidente du CNRS de « réfléchir à l'opportunité de substituer aux départements scientifiques actuels une structuration en grands instituts nationaux de recherche (...) favorisant les coopérations entre les divers acteurs et constituant un ensemble réactif placé sous la responsabilité de la direction générale du CNRS ».
« La modernisation en cours de notre système de recherche (...) modifie l'environnement scientifique du CNRS et la nature même de ses partenariats, en créant les conditions de l'émergence d'universités plus autonomes », ajoute la ministre.
Selon la ministre de la recherche, la présidente du CNRS devra dans un premier temps proposer « les modalités d'une modernisation du CNRS avec les universités, appelées (...) à devenir des acteurs moteurs de notre dispositif de recherche ».